Raymond L'Épée
Travail

Ce que peint L'Epée, c'est d'abord, c'est surtout la lumière, telle que dans l'air elle vibre et se donne au regard.                                                               


Par les variations de la lumière, L'Epée propose d'ouvrir un espace infini que les bords du tableau découpent mais ne limitent pas et dans lequel tout est transition, fluctuation, vibration de la lumière.


La perception de la lumière et des couleurs dépasse la science du regard. La ligne est une invention de l'homme. Elle appartient plus à la connaissance (qu'il a) des choses qu'à leur perception (qu'il peut en avoir). La couleur se donne à l'oeil de façon plus subtile et plus complexe que ce que l'homme peut en penser. La couleur d'un objet n'est pas simplement contenue dans son contour et comme posée sur sa forme. Toute couleur est relative et dépend de ses voisines. Toute lumière est un mélange de couleurs.


Exaltation de la nature et de la couleur, faisant confiance au regard et à la sensation, en se laissant toucher par des scènes de la vie quotidienne.


Le passage du motif au tableau, du monde à la peinture est une alchimie mystérieuse et bouleversante. Comment composer un tableau s'en s'appuyer sur l'armature du dessin, comment donner la sensation de l'espace en libérant celui-ci des armatures de la perspective, comment rendre le volume sans le souligner par l'ombre?


Michel Gobet


 


De la toile blanche ...


Raymond L'Epée n'aime pas commencer une nouvelle toile. Généralement, il ne sait pas ce qu'il va entreprendre: les idées grouillent, se bousculent et il rejettera d'entrée celles qui pourraient présenter trop de facilité, n'éprouvant qu'une satisfaction mitigée d'une "belle toile, vite venue". Il se met au défi de dépasser sans cesse ses propres possibilités. D'où l'appréhension...  


Il ne "dessinera" pas  un sujet en en définissant les contours, mais au contraire, partant du centre, il travaillera en taches successives, se superposant parfois, et l'on verra l'image apparaître sur la toile, un peu comme celle du photographe lorsqu'il plongeait son papier dans le révélateur. C'est le grand point de départ.


De la couleur


Le sujet, posé et accepté, va servir de base à la recherche personnelle et sans cesse renouvelée chez L'Epée: la lumière. L'évocation figurative, bien que support, n'apparaîtra plus à l'artiste avec autant d'acuité qu'au spectateur. Le regard du peintre cancellera l'image mentale, nominale, qui devient "prétexte à".


Sa palette est restreinte: trois couleurs, rarement davantage, du blanc. En les assemblant, la gamme s'étend largement et conférera à la toile l'unité recherchée.


Les couches fines, peu couvrantes, vont se succéder. Si ces couches s'additionnent par dizaines, l'apparence doit rester sauve et en finalité, la toile doit respirer, accrocher et renvoyer la lumière, sans donner l'impression de surcharge, de lourdeur ou de fermeture.


De la recherche


Raymond L'Epée éprouve aussi une certaine excitation à de nouvelles expériences.


Il alternera un propos simple, géométrique, à un autre plus descriptif. La façon de les aborder, respectivement, est très différente. Pourtant, un espace plus abstrait aura à son oeil une configuration figurative de par la profondeur qu'il y fera entrer: il n'y a jamais un seul et unique plan sur la toile.


La gémellité se retrouve dans l'aspect toujours formel d'une oeuvre ou d'une autre, dans sa touche, dans la lumière.


Chiara La Spada